Cinquante nuances de Grey



Anastasia Steele accepte de remplacer sa colocataire malade, Katherine, pour interviewer l'homme d'affaires et milliardaire Christian Grey. Jeune PDG séduisant et mystérieux, ce dernier l'intimide. À sa grande surprise, Christian Grey vient la voir au magasin où elle travaille, prétextant des achats. Très attirée par lui, elle se verra rapidement devenir sa soumise. Pour cela un contrat va être rédigé pour permettre de définir les règles de ce jeu dangereux. Cependant, ce contrat devient souvent un sujet tabou et sera changé sans cesse.
À mesure que leur relation progresse, la jeune et innocente Ana est confrontée à un tout nouvel univers aux côtés du riche entrepreneur. Christian a cependant une face sombre : il est adepte du BDSM. La jeune femme doit alors décider si elle est prête ou non à entrer dans cet univers. (Wikipédia)
Je vous assure, j'ai une bonne excuse ! Si si. Le même soir, j'ai supprimé ma fiche du seul site de rencontre libertin où il m'en restait encore une et j'ai décidé de me flageller en regardant Cinquante nuances de Grey. Bon, OK, il n'y a pas vraiment de lien entre les deux, mais, sur un malentendu, ça aurait néanmoins pu être une bonne soirée. Bilan : l'un de ces actes était devenu nécessaire et m'a aéré l'esprit, l'autre est juste un mauvais film encore pire que ce à quoi je m'attendais. Pourtant, j'avais lu nombre d'avis avec attention, je savais. Mais j'ai voulu voir par moi-même et j'ai vraiment l'impression d'avoir fait le grand écart facial sans échauffement tant j'ai souffert.

L'avantage de ce moment d'égarement, c'est que j'ai survécu et que je peux en parler en connaissance de cause maintenant. Je vais même commencer par souligner les quelques petites choses que j'ai trouvées plaisantes. La chambre rouge de Grey déjà. L'œil avisé aura vite fait le tour de ce petit donjon maison et repéré quelques éléments de mobilier plutôt sympathiques, sans parler de son équipement varié. C'est peut-être la seule chose liée au BDSM qui est bien vue dans ce film et qui m'a laissée rêveuse. J'ai aussi trouvé que la réalisation des scènes érotico-cochonnes façon porno chic était chatoyante, à défaut d'être vraiment excitante en ce qui me concerne. Ma première réaction a été de me dire que s'il y a un public pour les pornos féministes, alors c'est bien le public de Cinquante nuances de Grey. Il faudrait juste arriver à marketer la chose. Enfin, Anastasia a réussi à me faire sourire une ou deux fois et c'est toujours bon à prendre dans un film aussi angoissant que celui-ci.

Tout le reste, par contre... Je ne sais pas à quel moment, j'ai commencé à me sentir mal à l'aise et à me crisper. L'entretien du début ? Il s'agissait encore de grosses ficelles, le genre de drague lourde qui peut être ignorée quand on maitrise les codes de la séduction, ce qui n'est bien évidemment pas le cas d'Anastasia. La rencontre dans le magasin de bricolage ? J'aurais personnellement commencé à m'inquiéter. L'intervention durant la soirée où elle est soule, l'appelle en gloussant et qu'il vient la récupérer en lui faisant la leçon ? Oui, je crois que là, je l'aurais violemment envoyé paître, parce qu'à ce moment-là, il commence à la considérer comme sa petite chose fragile incapable de se débrouiller seule. Il lui fait même miroiter un danger quasi inexistant à la façon de ces publicités anxiogènes pour la protection des domiciles contre les cambriolages. Je ne parle même pas des "Baby" à la fin de chaque phrase dès le lendemain. Là, j'ai le souvenir d'avoir crié "MAIS NON, NON, NON !!!" devant mon écran avant de m'arracher une poignée de cheveux rouges. C'est une réaction que je réserve habituellement à Jean-Michel Apathie le matin sur France Info. S'ensuit une avalanche de cadeaux couteux et disproportionnés qu'elle ne sait pas refuser alors que ça ressemble juste à un gros appât : "Viens, regarde tout ce que tu pourrais avoir si tu deviens ma chose." Si Anastasia n'avait pas tant d'étoiles dans les yeux, elle pourrait même passer pour une personne vénale, parce que clairement, quelqu'un est en train de l'acheter avec du luxe et qu'elle ne sait pas dire "non, ce n'est pas ce que je suis et ce n'est pas ce que je veux". Là encore, elle est à des kilomètres de ma politique personnelle

Puis il y a toute la manipulation de Grey. J'ai passé les trois quarts du film avec des lumières rouges plein la tête car tous mes détecteurs étaient en alerte. Il représente tout ce que je rejette autant en tant qu'homme qu'en tant que dominant. Bien sûr, je ne suis pas Anastasia, même si nous partageons quelques lettres dans nos prénoms, mais je ne souhaite à aucune femme une relation aussi peu éclairée que celle-là. Être une jeune femme encore vierge et pleine de rêves de grand amour ne devrait jamais mener à un extrême comme celui-là. Je fréquente un milieu où il y a des prédateurs qui cherchent précisément ce genre de profils parce qu'ils sont extrêmement malléables. L'impression de déjà-vu n'était donc pas agréable du tout. Que ce genre d'emprise puisse faire rêver autant de femmes dans le monde de manière si décomplexée me gêne profondément.

Il faut voir aussi comment Christian Grey lui vend le BDSM. D'ailleurs, il ne vend rien, il ne la guide pas un instant, il ne lui explique rien, il lui montre son donjon, donne le contrat et lui demande de se renseigner sur le net par elle-même. Chose qu'elle ne fait pas, puisqu'au moment de la négociation autour du contrat, elle lui demande ce qu'est un butt plug. En gros, il veut une soumise prête à l'emploi, sauf que ça n'existe pas, même dans le meilleur des mondes possibles. Que dire donc d'un dominant qui ne valorise pas le dialogue et le consentement éclairé qui sont les bases ? J'avais beau savoir qu'il y avait un gros problème de représentation du BDSM dans le film, je suis quand même catastrophée. Le summum du n'importe quoi est sans doute atteint dans cet échange : 
Anastasia : You're a sadist?
Christian : I'm a dominant.
Anastasia : What does that mean?
Christian : It means I want you to willingly surrender yourself to me.
Anastasia : Why would I do that?
Christian : To please me.
Anastasia : Please you? How?
Christian : I have rules, if you follow them, I'll reward you. If you don't, I'll punish you.
Anastasia : You'd punish me, you'd use this stuff on me?
Christian : Yes.
Anastasia : What would I get out of this?
Christian : Me.
Me? Wrong answer, Christian! "Si tu ne signes pas le contrat, on ne baise pas. Et le contrat, tu en es où ? Hey, ça fait 4 jours, tu as signé le contrat ? De toute façon, on ne dormira pas ensemble, je vais juste te baiser." Et c'est tout du long comme ça. Tout ça, c'est du chantage affectif. Comment voulez-vous qu'elle apprécie les six coups à la fin si elle le fait uniquement pour lui sans comprendre qu'elle peut aussi en retirer un plaisir physique très fort ? Là, elle a juste mal et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Strictement rien ne lui a été expliqué. C'est bien parti pour se finir comme dans Le Lien de Vanessa Duriès à ce rythme : ne rien refuser sinon c'est la rupture et le rejet. Alors, certes, Anastasia fait de la résistance et finit par partir parce qu'elle n'est pas heureuse, et c'est la meilleure chose qu'elle puisse faire pour son bien, le hic, c'est qu'on sait qu'elle va revenir puisqu'il s'agit d'une romance et qu'elle est là pour sauver Christian. (De quoi ? Je ne sais pas trop. Il me semble assez grand pour gérer tout seul ses névroses.) Mais je dois dire que ce qui m'a laissée sur les fesses à la fin, c'est qu'elle lui dit être tombée amoureuse et qu'il lui dit qu'elle ne doit pas l'être... C'est pourtant bien là-dessus qu'il s'appuie tout du long pour essayer de l'amener exactement là où il veut. Et cerise sur le gâteau : ça n'était même pas mentionné dans son petit contrat de soumission.

Admettons maintenant que l'on mette de côté le "BDSM" fantaisiste du film, il reste une gentillette histoire d'amour façon "c'est compliqué". Alors, certes, je ne suis pas cœur de cible, mais le succès de Cinquante nuances me fait quand même dire qu'il y a un problème profond quelque part. À quel moment, ce besoin de tout donner à l'autre, de tout faire pour l'autre, d'appartenir à l'autre, de dépendre de l'autre est-il indicateur d'une relation saine et équilibrée qui fera avancer les rapports homme/femme notamment dans le jeu de la séduction ? Parce que c'est justement la vision d'Anastasia à laquelle s'identifient nombre de spectatrices et qui fait le succès des livres et des films. Un homme riche, jeune, beau, bon au pieu, protecteur et possessif qui lit dans les esprits est le summum du fantasme pour la femme. Et cet archétype peuple les romances qui se vendent à la pelle. On ne peut vraiment pas trouver plus bandant dans ce monde ? Vraiment pas ? Genre un bon petit porno d'Erika Lust ?

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L'Art de la fessée de Jean-Pierre Enard et Milo Manara


Fesser, ce n'est pas frapper. C'est caresser et violer en même temps. Je ne connais rien de plus merveilleux que des fesses qui se cabrent sous la main, se roidissent, puis se tendent en appelant le coup suivant. Elles se révoltent et s'offrent dans le même mouvement... Fesser un cul de femme, c'est mieux que le baiser. C'est lui faire l'amour tout en observant les effets...
Tout commence par une rencontre dans un train entre un homme et une femme qui vont se livrer à un jeu de séduction aussi chaud qu'un four à pizza, ce qui tombe bien puisque tout le monde se rend en Italie. L'homme a rédigé au fil du temps un livre initiatique sur l'art de la fessée. Il va faire en sorte que sa compagne de voyage plonge dans cette lecture dans le but apparent d'échauffer son esprit pour qu'elle se jette d'elle-même en travers de ses genoux. Par le biais d'une astucieuse mise en abyme, l'objet servira donc à faire passer quelques messages et images très suggestives à la fois à la lectrice dans le livre qu'aux lecteurs hors du livre. Malheureusement, force est de constater que la lectrice dans le livre s'est montrée bien plus réceptive que la lectrice hors du livre ; le style et l'imaginaire d'Enard n'étant pas tout à fait à mon goût. Je n'ai pas particulièrement aimé la finalité de l'histoire ni les déchainements de débauche où il est évident que quelqu'un dans l'affaire va repartir avec une mycose, voire pire.

Je resterai donc une fidèle de la plume et de la tendresse de Jacques Serguine dans son Éloge de la fessée qui correspond sans doute plus à ma sensibilité en matière de tapes sur l'arrière-train. Pour ce qui est du travail de Manara, là, par contre, rien à dire. Comme à son habitude, c'est beau, efficace, suggestif, très dynamique et collant parfaitement au texte qu'il met vraiment en valeur (et rattrape même par endroits).
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Le sens du détail


Avec les années je suis devenue assez imperméable aux photos de queues, en érection ou au repos, d'abdominaux fermes, de chattes en gros plan et généralement totalement épilées, de croupes offertes et d'actes sexuels divers et variés passant par tous les trous disponibles. Plus grand-chose ne me fait lever un sourcil. Je suis pour ainsi dire blasée.

Je suis pourtant encore régulièrement surprise en découvrant au hasard d'une visite sur ma fiche le choix décalé de photos de certains utilisateurs et utilisatrices des sites de rencontre. Cette photo est censée être l'accroche, le déclic, le pousse au clic, il est néanmoins parfois difficile d'en dégager un sens profond. Je ne parle pas ici des photos en noir et blanc d'inspiration porno chic pour indiquer qu'un maître est dans la place ou des visages des inscrits qui se la joue cash on n'a rien à cacher. Non, il s'agit de photos plus mystérieuses qui interpèlent dès le premier coup d'œil.

Mais qu'a donc bien voulu dire Cochon69 en uploadant une photo de son cobaye ?
Et cette tapisserie vert kaki qui donne une ambiance vaseuse à la pièce, est-ce pour indiquer que la personne connait le véritable sens du mot glauque ?

Voilà ! Ce genre de photos où il y a toujours un détail qui attire le regard, mais dont l'impossible compréhension a malheureusement tendance à faire lâcher un "m'enfin !" plutôt qu'un "Oh yeah baby!"

Dernièrement, je suis restée perplexe devant la fiche de :
  • cet homme seul qui marche dans la neige dans une forêt. Il est au loin mais semble se rapprocher, son visage a été grossièrement flouté. Le marquage sur la photo indique la date et l'heure de la prise de la photo. 
  • ce couple qui met une photo de leurs mains avec des alliances, photo typique qui sert à annoncer sur les réseaux sociaux que ça y est, on est mariés.
  • ce couple qui utilise une photo de son mariage avec robe blanche et lavallière.
  • ce couple avec la photo totalement floue et sombre de madame, habillée, dans la chambre à coucher, avec ce qui semble être la diffusion d'un match de boxe à la télévision derrière elle.
  • cet homme seul qui n'a rien trouvé d'autre qu'une photo de lui avec sa femme ou un ami et qui a dû photoshoper maladroitement la personne en trop.
  • ce couple avec la photo de madame en lingerie où on ne peut pas manquer de remarquer qu'elle a acheté des chaussures récemment puisque les boites sont encore empilées derrière elle.
  • cet homme seul qui se prend en photo sur son lieu de travail, c'est-à-dire une cuisine en travaux donc un bazar absolu et poussiéreux.
  • ce couple dont les photos prises dans la salle de bain incluent des tancarvilles pleins de linge et un petit chauffage d'appoint. 
  • cet homme seul dont je connais maintenant la version de Windows installée sur son PC, ainsi que le nombre d'enfants et la passion pour les voitures miniatures en bois.
  • cette femme seule allongée sur son lit dont je sais que le chien est un boxer puisqu'il est en train de baver derrière elle.
  • cet homme seul et sa plante verte... seule.
  • ce couple dont la femme est allongée sur le lit, en string, avec la pile de linge à repasser, le ventilateur et la machine à laver en fond.
  • ce jeune homme seul qui a acheté sa commode chez Ikéa mais n'a pas encore compris qu'il ne fallait pas empiler le linge en tas dessus et laisser trainer les tongs et les chaussures n'importe où dans la pièce.
  • ce couple avec enfants qui n'a pas d'autre miroir que celui de la chambre des petits avec la commode colorée, les jouets et les petits cœurs sur le papier peint.
  • cet homme seul qui pose avec son enfant flouté dans les bras.
  • cet homme seul qui n'a pas de photo de lui et va en piquer une dans une banque d'images et choisit celle d'un homme seul, de dos, dans un coin, sur fond blanc avec le marquage de la banque en travers.

Pas mieux, en fait.

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Lu ailleurs #19


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Les Trois talents 2 : Le Gardien des secrets d'Emma Cavalier


Avis sur le tome 1.

Il parait que dans le tome 1 Élisabeth avait un comportement autodestructeur. Ça n'en avait pas du tout l'air. De mon point de vue, il s'agissait simplement d'une jeune femme qui explorait librement ses fantasmes, y compris ceux qu'elle ne se connaissait pas. Dans le tome 2, Élisabeth donne dans l'autoflagellation. Et celle-ci est, cette fois, indéniable. Entre tout ce qu'elle regrette d'avoir fait et tout ce qu'elle croit héréditaire et dont elle ne sait quoi faire, on est à la limite de l'auto lavage de cerveau qui fait mal au cœur du lecteur. On ne peut alors souhaiter qu'une chose, c'est qu'elle reprenne pied, et vite. Bien sûr, les choses ne seront pas si simples sinon il n'y aurait pas de rebondissements.

De l'autre côté de l'Atlantique, Lex se reconstruit à sa manière dans un microcosme arty/BDSM. C'est lui qui occupe le devant de la scène cette fois, ou en tout cas les trois quarts de la scène. 

Ce qui a fait le charme du tome 1 n'est plus présent dans la première partie du livre. L'écriture est pourtant la même, la construction et l'évolution psychologiques des personnages restent cohérentes, mais d'un coup, le charme a été rompu. D'un coup, je me retrouve, comme souvent, hors du cœur de cible de l'ouvrage et le grand écart est trop large pour que j'arrive à prendre le moindre plaisir à ma lecture. Les personnages ne me font pas rêver ni fantasmer, ils ne m'intriguent guère plus, car il y a une certaine logique dans l'ensemble qui permet de prévoir les grandes lignes. Le fameux Dominique ne fait rien vibrer, pas plus que les cercles fréquentés par Lex à New York. Tout ça a malheureusement provoqué un profond ennui qui m'ennuie un peu, car ce n'est pas un mauvais livre en soi, c'est juste que je n'y trouve plus ma came. 

Pour rappel, l'ouvrage est publié dans le rayon New Romance, un segment de la littérature romantique qui cible les jeunes adultes de 18 à 25 ans et qui mêle histoires d'amour naissantes et érotisme torride. Je suis un peu trop loin des premiers émois pour que les grosses ficelles fonctionnent et d'ailleurs, je n'avais pas vraiment prêté attention à l'histoire d'amour dans le tome 1. Malgré tout, le livre est particulièrement bien calibré et je lui reconnais, comme pour la tome 1, la qualité du réalisme. Avec moi, ça ne marche pas, mais j'imagine que nombre de jeunes femmes et autres grandes romantiques vont être émoustillées par cette histoire qui semble les faire sortir un peu de leur zone de confort sans pour autant trop les brusquer. Je ne me rends pas compte de l'impact, mais je trouve très bien que ce soit fait avec une présentation positive du BDSM. C'est vraiment le grand atout de cette série.
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